Cédric CHABAL présente…

 

Un concept récent ?

Après le « crowd sourcing », consistant à solliciter des idées et partager des solutions avec le grand public (cf. le succès du site de partage Wikipedia), le « crowdfunding », autrement appelé financement participatif, s’est développé aux Etats Unis dès 2007, puis en Europe à partir de 2009.

D’aucuns parlent de concept révolutionnaire ? Pas tout à fait : le financement communautaire existe depuis des siècles, notamment en ce qui concerne les actions caritatives. Cependant, Internet a remis au goût du jour et considérablement diversifié ce concept. Aujourd’hui, le crowdfunding consiste à financer des projets en mettant en relation, via le web-social, les porteurs de projets et les personnes souhaitant y investir.

 

En phase avec les attentes sociétales

Cette technique de financement innovante répond aux attentes des épargnants (déboussolés par les crises financières et boursières successives depuis 2008 et en quête de sens via un retour vers l’économie réelle). En effet, les épargnants veulent maîtriser le devenir de leurs investissements en choisissant de financer des hommes et des entreprises vis à vis desquels  ils se sentent proches, en qui ils ont confiance et avec qui ils pourront dialoguer.

Comme l’indique Nicolas Dehorter, auteur du Guide du Crowdfunding, « les gens sont très intéressés par la dimension « do it yourself », la possibilité de participer au projet financièrement mais aussi de le suivre étape par étape. C’est une démarche innovante qui se passe de banques,  un concept qui intéresse beaucoup à la fois les créatifs et les internautes ».

Via le crowdfunding, l’épargne des internautes s’est d’abord tournée vers les projets artistiques (productions musicales, cinématographiques, etc), comme  en témoigne le succès de My Major Compagny. Après la sphère culturelle, le crowdfunding s’est propagé à la sphère scientifique (cf. plateforme iAMscientist), puis s’est déployé auprès d’une population de start-ups (cf. plateforme WiSeed), pour intéresser aujourd’hui tout type d’entrepreneur.

Ex Anaxago

 

 

 

 

 

Concrètement, comment fonctionne le crowdfunding ?

Sur Internet, de nombreuses plateformes de crowdfunding facilitent la rencontre entre un  porteur de projet et un épargnant souhaitant investir sur « des coups de cœurs ».

  • Avant toute chose, le porteur doit présenter son projet et convaincre la plateforme (qui le sélectionnera ou non en fonction de      son attractivité et de son niveau de risque).
  • Phase 1 : décrire son projet (portrait du créateur, spécificité et secteur d’activité du projet, business plan, prévisionnel financier,      etc) et afficher clairement des objectifs à 3 ou 5 ans,
  • Phase 2 : définir le montant minimum souhaité,
  • Phase 3 : fixer les règles contractuelles ou morales avec les épargnants investisseurs (selon des modèles prédéfinis en fonction des      plateformes de crowdfunding),
  • Phase 4 : communiquer avec les « investisseurs » sur la plateforme via des vidéos, photos, sondages, articles, biographies,      maquettes, etc,
  • Phase 5 : utiliser les réseaux sociaux pour maximiser l’impact et  l’engagement des internautes ; garder un rythme intensif pendant 90 jours (délai généralement fixé par les plateformes pour convaincre le      maximum d’internautes et atteindre l’objectif de financement). En cas de  non atteinte d’un seuil de 50 à 100% par rapport à l’objectif, les contributeurs récupèrent leur investissement !
  • Phase 6 : en cas de réussite : capitaliser sur la plateforme de crowdfunding et les réseaux sociaux pour communiquer sur le succès de      son financement et sur ses produits et services.

 

Différentes modalités de financement des plateformes de crowdfunding

Selon les dispositifs, le ticket d’entrée minimum pour chaque investisseur est de 100 € à 5000 €, voire plus.

Sur les sommes récoltées, les plateformes de crowdfunding prennent une commission oscillant entre 5 et 10%. Nb : cette commission n’est prélevée qu’en cas de succès de l’opération de levée de fonds.

Du coté des entrepreneurs à la recherche de capitaux, les modalités de financement sont nombreuses :

  • le      don ou « contre-don » : l’investisseur      fait entièrement don de son investissement sans contrepartie (c’est le cas      des donateurs de Wikipedia).      Une variante : l’investisseur reçoit une contrepartie fixée par le      porteur du projet en fonction de la somme investie (citation du nom du      donateur ou invitation à des soirées de prestige, échantillons ou lots de      produits gratuits, remises commerciales exceptionnelles,  etc). Quelques plateformes : Octopousse,      Ulule, Kiss Kiss Bank Bank,      ReservoirFunds, etc.
  •  la production communautaire :      les internautes sont co-producteurs (cf. My Major Compagny, Touscoprod, etc) et bénéficient au      mieux de royalties sur les futures recettes, voire au minimum de      contreparties non financières telles des albums, goodies, invitations.
  • le      prêt de pair-à-pair (pear to pear) : un       particulier peut directement prêter à un autre particulier (ou à une      entreprise) sans dépendre d’un établissement financier. Dans ce cas,      l’investisseur retrouve l’argent prêté avec intérêts de 4 % en moyenne. Exemples de      plateformes : Friendsclear, Prosper, etc). Ces plateformes exercent      généralement avec l’accord d’une banque partenaire pour assurer la      transparence des opérations.
  • l’achat par anticipation : les      investisseurs financent une partie de la production du produit en échange      de la promesse de recevoir celui-ci à un prix avantageux. (cf. KickStarter, Ulule, etc).      Ce modèle de pré-achat participatif permet à l’entrepreneur de bénéficier      d’une « étude de marché » en temps réel et d’écouler une partie      de son stock via des premiers acheteurs / prescripteurs.
  • la      prise de participation sous forme d’actions (« crowdequity » ou « crowdfunding      equity ») : une personne qui participe à un projet devient      actionnaire de l’entreprise. Quelques plateformes : Smartangels, Anaxago, Wiseed, HappyCapital,      Mipise, Ustartme, Fundme, etc. L’investissement dans les PME      se fait en direct  (sans holding ni      intermédiaire financier) ou bien via une holding.

 

Ex SmartAngels

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qui sont ces internautes qui soutiennent des projets de crowdfunding ?

Nicolas Dehorter précise dans une interview que « lecrowdfunding fonctionne avant tout par cercles sociaux. Un porteur de projet va d’abord convaincre ses proches et son premier cercle de proximité (famille, amis).  Un deuxième cercle sera composé de collègues, de gens qui s’intéressent à son travail à travers son blog par exemple et puis un troisième cercle d’inconnus qui s’intéressent véritablement au projet, indépendamment du porteur. Il n’y a pas de profil-type de l’internaute participant à un projet de crowdfunding ».

Ex Fundme

 

 

 

Le crowdfunding en France : état des lieux fin 2012

Le crowdfunding connaît un succès retentissant aux Etats-Unis où l’une des premières plateforme, KickStarter a récolté pas moins de 319,7 millions de dollars en 2012 (source : Usine Nouvelle).

En France, le crowdfunding se développe beaucoup plus lentement : l’association Financement Participatif France, récemment fondée, estime le crowdfunding à 40 millions d’euros investis dans 60.000 projets en 2012 (source : les Echos).

En effet, le financement participatif doit faire face à de nombreux freins administratifs et législatifs :

  • la Loi      européenne limite le nombre d’investisseurs par projet à 150 personnes, ce      qui freine fortement les montants engagés.
  • les      projets de grande envergure (levée supérieure à 5 millions d’euros) sont      contraints par la législation européenne (directive prospectus) qui oblige les entrepreneurs      à diffuser une « offre au public » (document technique et      financier très normé, comme en droit boursier).

 

Cependant, en période de crise économique, de contraction des prêts bancaires et de raréfaction des fonds de capital risque, le crowdfunding est une aubaine pour les entrepreneurs français. En effet, tous les projets peuvent être financés par ce dispositif participatif : les créations, mais également les reprises d’entreprises, les phases de développement ou de restructuration !

En 2012, les principaux collecteurs français du crowdfunding sont  : My Major Company (13,5 millions d’euros) ; United Donation (11,16 millions d’euros) ; Prêt d’Union (10,3 millions d’euros) ; Ulule (5,1 millions d’euros) ; BabyLoan (5 millions d’euros), etc.

La France compterait aujourd’hui quelques 25 plateformes de crowdfunding très sollicitées par les porteurs de projets. A titre d’exemple, la plateforme Ulule reçoit 15 projets par jour, en sélectionne environ la moitié et parmi les projets retenus, le taux de probabilité de succès atteint 62% sur l’année 2012 !

Une fois les barrières règlementaires levées, le crowdfunding devrait être promis à un bel avenir en France, d’autant que le financement participatif innove constamment ses modèles et offres de services au bénéfice des entrepreneurs. Dernière innovation en date : le crowdsupply permettant non seulement de financer des projets mais également d’y associer une plateforme de e-commerce afin de vendre les produits et services financés !

 

Pour conclure, méditons une citation d’Anita Roddick, chantre d’un capitalisme éthique et participatif : « Je ne veux pas uniquement quelque chose où investir. Je veux quelque chose à laquelle je puisse croire. »